Aujourd'hui le sujet du dopage revient de plus en plus quand on parle du monde du sport. C'est pourquoi il nous paraît être un thème important à traiter.
De plus en plus de sportifs dans le monde ont recours au dopage pour améliorer leurs performances physiques. Pour cela ils ont à disposition des centaines de substances dopantes comme les stimulants, les narcotiques, les stéroïdes, les amphétamines.
Parmi ces substances on trouve notamment l'érythropoïétine ou plus communément appelé EPO.
On peut se demander si une victoire gagnée grâce à l'EPO est une victoire avec un grand "V" ?
C'est la question à laquelle nous tâcherons de répondre en présentant ce qu'est l'EPO, les moyens mis en oeuvre par les autorités pour détecter la prise de ce produit, et enfin la législation le concernant.
Définition légale du dopage :
La loi du 1er Juin 1965 considère comme dopé "quiconque aura en vue ou au cours d'une compétition sportive, utilisé sciemment l'une des substances déterminées par le règlement d'administration publique, qui sont destinées à accroître artificiellement et passagèrement ses possibilités physiques et sont susceptibles de nuire à sa santé ".
Ensuite, la loi du 28 Juin 1989 donne une nouvelle définition du dopage :
" Il est interdit à toute personne d'utiliser, au cours des compétitions et manifestations sportives organisées ou agréées par des fédérations sportives ou en vue d'y participer, les substances et les procédés qui, de nature à modifier artificiellement les capacités ou à masquer l'emploi de substances ou de procédés ayant cette propriété, sont déterminés par arrêté conjoint des ministres chargés des sports et de la santé "
Enfin la loi du 23 Mars 1999 donne la définition suivante :
"Le dopage est défini par la loi comme l’utilisation de substances ou de procédés de nature à modifier artificiellement les capacités d’un sportif. Font également partie du dopage les utilisations de produits ou de procédés destinés à masquer l’emploi de produits dopants. La liste des procédés et des substances dopantes mise à jour chaque année fait l’objet d’un arrêté conjoint des ministres chargés des sports et de la santé ".
Qu'est-ce que l'érythropoïétine ?
L'EPO de synthèse est apparue au début des années 1980 et fut créée à l'origine pour traiter les cas
- d'insuffisance rénale
- de chute du taux de globules rouges
- d'anémies dans certaines étapes thérapeutiques concernant le SIDA
Cette hormone de synthèse a supplanté les contraignantes transfusions sanguines.
L'EPO synthétique contient des isoformes qui n'existent pas dans la version naturelle. On peut donc différencier aujourd'hui un apport extérieur d'une production naturelle comme lors d'un séjour en altitude.
L'EPO physiologique est une hormone peptidique de glycoprotéine où sont enchaînées les chaînes glycosylées. Elle est produite par le rein et stimule la production des globules rouges via la moelle osseuse.
Quels sont les effets sur l'organisme ?
L'EPO accroît le nombre de transporteurs d'oxygène que sont les globules rouges dans le poumon, le coeur et les muscles. Ils sont tellement bien approvisionnés qu'ils tournent à 200%.
L'EPO est dangereuse, mais tout est question de dosage. Les doses élevées augmentent le risque soudain de thrombose (épaississement du sang) et par conséquent multiplie les risques d'infarctus cérébral, myocardique, d'embolie pulmonaire, déclenchant à long terme des maladies auto-immunes, hypertension artérielle, cancer de la moelle osseuse.
Au départ, l'EPO est une hormone naturellement produite par les reins. Son action est de stimuler la fabrication de globules rouges par la moelle osseuse.
Afin de soigner certaines pathologies, comme l'anémie due à une chimiothérapie, et certains problèmes rénaux, une hormone artificielle a été créée par génie génétique.
Pour fabriquer cette hormone, le gène de l'EPO d'origine humaine a été introduit dans des cellules ovariennes de hamster : ces cellules animales se mettent à fabriquer l'EPO.
Méthode directe
Elle consiste à trouver les traces du produit dans l'organisme. Jusqu'à présent, la détection est basée sur des prélèvements sanguins. Si, en mesurant l'hématocrite des sportifs, c'est-à-dire le volume des globules rouges sur le volume total de sang, on découvre que son pourcentage dépasse 50%, la prise d'EPO par le sportif est envisageable.
Mais cette méthode n'est pas très fiable, car l'hématocrite varie énormément d'un individu à un autre. De plus cette méthode n'est plus valable quatre jours après la fin de la prise d'EPO.Méthode indirecte
Celle-ci consiste à observer ce qui bouge dans le corps après une prise exogène. Cette méthode ne marche pas dans la semaine qui suit l'arrêt de la cure, mais très bien 15 jours après.
L'utilisation de ces deux méthodes donne un dépistage fiable, mais coûteux.
Une nouvelle méthode
Cette méthode a été testée sur des prélèvements d'urine réalisés lors du tour de France 1998. Elle fut obtenue grâce aux travaux de Jacques Ceaurriz et de Françoise Lasne, tous deux chercheurs du Laboratoire National de Dépistage du DOpage. Elle rend possible de détecter l'EPO synthétique. Le test qu'ils ont mis au point est capable de différentiel l'EPO artificielle de l'EPO naturelle. Il est basé sur de petites différences entre les deux hormones, dues au processus de fabrication qui diffère d'une cellule humaine à une cellule de hamster.
La législation
A quelques exceptions près, les produits dopants sont des médicaments, c'est-à-dire des substances présentées comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies (article L511 du code de santé publique)
La distribution, le transport et l'usage sont soumis à des règles strictes.
Dans le monde du sport, la France est l'un des seuls pays à posséder une loi spécifique contre le dopage. Elle a promulgué son premier texte en 1965 (premiers contrôles anti-dopage en 1996 en cyclisme et natation). Celui-ci a été modifié en 1989 puis en 1999.
Dès 1989 le Conseil de l'Europe a signé une convention contre le dopage et proposé une liste des substances interdites.
L'article L 3634-1 du code de la santé publique (ancien article 25 de la loi du 23 Mars 1999) confie aux fédérations la police du dopage :
" Les fédérations sportives agréées dans les conditions fixées à l'article 16 de la loi n° 84-610 du 16 juillet 1984 précitée engagent des procédures disciplinaires afin de sanctionner les licenciés ou les membres licenciés des groupements sportifs qui leur sont affiliés, ayant contrevenu aux dispositions des articles L. 3631-1, L. 3631-3 et L. 3632-1.
A cet effet, elles adoptent dans leur règlement des dispositions définies par décret
en conseil d'état et relatives aux contrôles organisés en application du présent titre, ainsi qu'aux procédures disciplinaires prévues en conséquence et aux sanctions applicables, dans le respect des droits de défense."
Les sanctions disciplinaires prises par les fédérations sportives peuvent aller jusqu'à l'interdiction définitive de participer aux compétitions et manifestations prévues à l'article L. 3631-1
Lorsque le sportif sanctionné en application de la loi sollicite le renouvellement ou la délivrance d'une licence sportive, la fédération compétente subordonne ce renouvellement ou cette délivrance à la production du certificat nominatif prévu par la loi.
Les droits de la défense nécessitent le respect de plusieurs dispositions : possibilité pour le sportif de demander une seconde analyse, transmission d'une lettre de notification des griefs informant le sportif de l'ouverture d'une procédure disciplinaire, lettre de convocation envoyée 15 jours avant au sportif, droit à être entendu par l'organe disciplinaire, possibilité de se faire assister de tout défenseur de son choix.
Quelques mots sur la loi du 23 Mars 1999 (dite Loi Buffet). Elle a visé à :
encadrer la surveillance médicale des sportifs
créer une autorité administrative indépendante, le conseil de prévention et de lutte contre le dopage, doté de pouvoirs de contrôle, de régulation et sanction
renforcer les sanctions pénales et administratives à l'encontre des pourvoyeurs (peines d'emprisonnement, amendes, fermetures d'établissements fautifs). Les sanctions concernent le trafic et la vente d'une part, la détention et l'usage d'autre part, et varient selon le produit.
En dehors du monde sportif le code du travail, le code des transports, le code pénal, le code de la santé publique, fournissent des moyens d'intervention dans le cadre de la consommation de produits.
Ils sont surtout appliqués en matière de luette contre les toxicomanies.
Depuis peu, le monde du travail commence aussi à s'intéresser aux conduites dopantes.